Le sommeil et les rêves

Dormir : le secret pour réaliser vos rêves les plus fous !

 

Les rêves sont des parenthèses où l’on peut voyager vers des destinations inconnues, rencontrer son prince charmant, avoir des superpouvoirs ou savourer de somptueux buffets garnis des « Nariyal ki Kheer » les plus délicieux. Mais que cachent-ils ? Pourquoi rêvons-nous, et pourquoi ces beaux rêves virent-ils parfois en affreux cauchemars ?

 

Rêver pour guérir des blessures émotionnelles

En premier lieu, la recherche a prouvé que les rêves ne sont pas une reproduction des événements de la journée, mais plutôt un reflet et une mise en perspective des émotions de la journée. Vous vous souvenez peut-être de la fois où vous avez rêvé avoir gagné votre match de basket, et vous êtes réveillé le matin sans trophée… Mais cela ne les rend pas moins importants. Même si l’on rêve pendant toutes les phases de notre sommeil (habituellement divisé en 4 phases), ces états narratifs et étranges que l’on connaît sous le nom de rêves surviennent habituellement lors de la phase de sommeil paradoxal (caractérisée par des mouvements rapides des yeux).  

Pendant cette phase, la production de noradrénaline (à l’origine de l’anxiété et liée au stress) est bloquée à l’intérieur du cerveau, tandis que les structures du cerveau liées aux émotions et aux souvenirs (amygdale et hippocampus) sont activées. Résultat: quand notre cerveau est actif et prêt à passer en revue les événements passés, en particulier les émotions leur étant associées, nous nous trouvons dans un état dépourvu de stress. Par conséquent, rêver nous aide à nous libérer du fardeau émotionnel de certains événements afin de mieux les gérer.  

Des études ont démontré que, suite à des expériences stressantes ou émotionnellement chargées, le sommeil aide à équilibrer la réponse émotionnelle, qui peut ainsi être mieux contrôlée. Là encore, l’amygdale joue un rôle essentiel. Un regain d’activité est constaté dans l’amygdale chez les personnes sous emprise de la peur, de la colère ou de l’inquiétude. Toutefois, le sommeil intervenant après une expérience bouleversante conduit à une réduction de l’activité de l’amygdale, et donc à l’atténuation des émotions perturbatrices.  

À l’inverse, l’activité des régions de contrôle cognitif telles que le cortex préfrontal (situé au niveau du front : la face externe du cortex cérébral) augmente, ce qui permet de reprendre le contrôle de ses émotions quant aux expériences vécues. Ce phénomène est proportionnel à la quantité de sommeil paradoxal : en somme, plus nous rêvons, plus la probabilité de développer une gestion émotionnelle est élevée. 

Cet effet est également appliqué en psychothérapie. Il est fréquent que les patients souffrant de trouble de stress post-traumatique (TSPT), souvent des soldats ou des victimes de maltraitance, mais aussi des réfugiés ou des personnes ayant subi de profonds traumatismes dans leur existence, soient hantés par des cauchemars, également appelés flash-backs, au cours desquels ils revivent leurs horreurs de manière aussi intime et lucide que dans la réalité. Des études cliniques menées sur des patients TSPT ont révélé que ces cauchemars symptomatiques étaient accompagnés d’élévations chroniques de la noradrénaline.  

Or, il se trouve que la noradrénaline perturbe le sommeil paradoxal et son effet curatif. Si le cerveau est incapable de distinguer l’émotion des événements traumatisants, les souvenirs leur étant liés ne peuvent pas être intégrés et gérés correctement. Des cauchemars anxiogènes surviennent une nuit, puis l’autre, et ainsi de suite… Le cerveau ne parvient pas à assimiler les émotions et s’en libérer : c’est pourquoi les cauchemars persistent, les hormones de stress restent fortement présentes et la personne se retrouve piégée dans un cercle vicieux.  

Par conséquent, une approche thérapeutique consiste à faire baisser les niveaux de noradrénaline afin de favoriser le sommeil paradoxal. L’EMDR (déconditionnement émotionnel par le mouvement des yeux), intrinsèquement lié aux phénomènes de rêve, a également fait ses preuves. L’un des éléments centraux du traitement EMDR consiste en une post-gestion de souvenirs anxiogènes grâce à la stimulation bilatérale : la thérapeute déplace sa main de droite à gauche tandis que le patient suit des yeux la trajectoire de ses doigts. Les mouvements des yeux du patient sont ainsi comparables aux mouvements des yeux observés pendant le sommeil paradoxal. Cela permet au patient de retourner sur la scène du traumatisme, mais depuis une distance sécuritaire et accompagné par une thérapeute, afin de gérer ses émotions progressivement.

 

En manque de créativité ou de solutions pour vos problèmes ? Rêvez-en ! 

La communauté scientifique a démontré que les rêves du sommeil paradoxal permettent aux souvenirs de se connecter et de se mêler de manière abstraite et hautement romancée. À l’inverse, quand nous sommes éveillés, notre cortex préfrontal filtre l’information en fonction de sa pertinence. D’une manière générale, cette fonction est vitale pour garantir que nous ne soyons pas submergés par la multitude de stimuli nous environnant dans notre vie quotidienne. Mais la nuit, ce filtre préfrontal entre en repos, tandis que les aires visuelles du lobe occipital (situées à l’arrière de la tête) connaissent un regain d’activité. C’est ainsi que des idées plus folles, nouvelles ou inhabituelles nous viennent fréquemment la nuit : on pense généralement de manière bien plus visuelle.  

Le cerveau est beaucoup plus organisé dans son état d’éveil que de sommeil. Cela signifie que, lorsque nous dormons, toutes les pièces du formidable « puzzle » de notre cerveau peuvent être assemblées de manière nouvelle. Voilà exactement ce qui se produit, encore et encore, lorsque nous rêvons. En science, on parle d’ « erreur de raisonnement » lorsque ces pièces font l’objet d’un assemblage différent et sans précédent, bien que cela ne mène pas forcément à une erreur, contrairement à ce que suggère l’appellation. L’erreur de raisonnement peut au contraire générer des solutions créatives. Par exemple, la croyance populaire attribue l’idée du succès « Yesterday » à un rêve de Paul McCartney. 

 

COVID-19, un cauchemar de jour comme de nuit ? 

La COVID-19 a non seulement changé notre vie quotidienne, mais aussi notre royaume des rêves : combien de rêves nous faisons, de combien nous nous souvenons et jusqu’à la nature de nos rêves. Dès le début du premier confinement, de nombreuses personnes ont vécu une augmentation de rêves étranges et lucides, et souvent de cauchemars. Le pourquoi et le comment de ce phénomène peuvent s’expliquer par plusieurs théories. Premièrement, la généralisation du télétravail pour les employeurs et les salariés représente une augmentation globale du temps de sommeil, en raison de l’absence des temps de transport. La durée de la phase de sommeil paradoxal se trouvant prolongée par l’augmentation de la durée totale de sommeil (le sommeil paradoxal prédomine sur les heures du petit matin), de nombreuses personnes rapportent avoir des phases de rêves plus longues.  

Si l’on en revient à la gestion émotionnelle des expériences pendant les rêves, cela peut expliquer pourquoi de nombreuses personnes ressentent soudain des menaces et de la peur dans leurs rêves. Pour beaucoup d’entre nous, cette époque est placée sous le signe de la solitude, de la perte de contrôle ou de problèmes financiers, des problématiques alimentées par les discours des médias et des réseaux sociaux. Dans un rêve, ces inquiétudes peuvent également se manifester à travers des circonstances étranges ou des images métaphoriques, par exemple un tsunami, puisque le rêve ne reflète pas ce qui s’est réellement produit dans la journée, sinon le registre émotionnel de notre vie et état d’âme actuel. 

En ces temps troublés, s’échapper dans un monde enchanteur le temps d’un rêve représente non seulement un répit nocturne bienvenu, mais également un facteur important de bien-être pour la journée. Si vous rêvez de superpouvoirs, n’oubliez pas l’essentiel : le simple fait de rêver est un superpouvoir !